Il y a une règle tacite dans le monde des contrats publics : le contribuable est un peu comme le chum complaisant qui finit toujours par payer l’addition au resto, même quand il n’a pas commandé de dessert.
On lance un appel d’offres, les compagnies privées promettent des solutions miracles à prix alléchant… et puis, surprise! En cours de route, la facture explose comme une cocotte-minute oubliée sur le feu. Devinez qui paie? L’État. Donc : vous, moi et tous ceux qui espéraient naïvement que leurs taxes financeraient autre chose qu’un logiciel qui plante au premier clic.
SAAQclic : quand le privé clique… et le public paie
Prenons un exemple tout chaud : SAAQclic.
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Le contrat initial, signé avec SAP et LGS (filiale d’IBM), devait coûter 458 millions $ sur 10 ans【Journal de Québec】.
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Puis, magie de l’administration publique, on découvre 1 879 contrats satellites accordés à gauche et à droite, parfois de gré à gré, qui viennent gonfler la facture.
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Et pour pimenter le tout, l’appel d’offres aurait été rédigé de manière à favoriser certains prestataires, réduisant la concurrence【Journal de Montréal】.
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Résultat : aucune simulation technique avant le lancement et un fiasco numérique où les citoyens attendaient des heures pour renouveler un permis de conduire.
Bref, un buffet à volonté… mais payé par le contribuable québécois.
Un festival de dépassements : le Québec n’en est pas à son premier rodéo
Le cas SAAQclic n’est pas unique. Il s’ajoute à une longue liste de projets où le prix final n’a plus rien à voir avec la soumission initiale :
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Le REM de Montréal : lancé comme la « solution miracle » au transport collectif, il a vu ses coûts grimper de 6 à près de 8 milliards $, sans parler des retards répétés et de la facture d’entretien encore floue.
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Le CHUM (Centre hospitalier de l’Université de Montréal) : prévu à environ 1,3 milliard $, il a finalement coûté plus de 3,6 milliards $, un classique des mégaprojets publics-privés.
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Le Centre Vidéotron à Québec : annoncé à 400 millions $, il a fini par coûter près de 600 millions $ et certains se demandent encore combien de fois, il sera rempli à pleine capacité.
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Les projets informatiques gouvernementaux (ex. Revenu Québec, Dossier Santé Québec) : régulièrement critiqués par le Vérificateur général pour leurs dépassements budgétaires, leur manque de transparence et une dépendance excessive aux firmes privées.
À ce rythme, on pourrait presque croire que « dépassement budgétaire » est un terme normalisé dans le dictionnaire de la fonction publique.
Le privé : « Oups, on a mal compté ».
On appelle ça du low balling : on soumissionne à rabais pour décrocher le contrat, puis on revient sonner à la porte du gouvernement en réclamant un supplément. Argument béton : « Sinon, on arrête tout ».
Et comme l’État ne peut pas se permettre de laisser en plan la SAAQ, un hôpital ou une ligne de métro, il sort le chéquier.
Les politiciens : « Ce n’est pas moi, j’étais pas là ».
Quand la facture explose, nos élus sortent leur répertoire de classiques :
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« Ce dépassement est regrettable, mais nécessaire. »
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« C’est la faute du gouvernement précédent. »
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Et la palme d’or : « Je n’étais pas en poste à ce moment-là. »
Autrement dit : peu importe qui conduit la voiture, c’est toujours le contribuable qui finit dans le fossé.
Le vrai coupable : un système malade
Ce n’est pas juste le privé. Ce n’est pas juste les politiciens. C’est un triangle amoureux toxique :
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Le privé joue les séducteurs avec des promesses trop belles pour être vraies.
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Le gouvernement se laisse charmer parce que ça fait bien dans un communiqué.
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Les contribuables, eux, découvrent la facture finale au moment du dessert, sans avoir rien commandé.
Et si on renversait la logique?
Peut-être est-il temps d’imposer de nouvelles règles du jeu :
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Une soumission doit être ferme. Si les coûts explosent, l’entreprise assume la différence.
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L’État doit retrouver une expertise interne forte pour évaluer et superviser les projets.
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Et pourquoi pas instaurer un comité citoyen qui valide tout dépassement de plus de 20 %. Ça rappellerait à tout le monde que ce n’est pas de l’argent magique, mais bien celui des contribuables.
Conclusion : l’art de la facture boomerang
On dit souvent que le Québec est un paradis pour les entrepreneurs. Mais parfois, ça ressemble surtout à un buffet « all you can eat » payé par nous tous.
Et pendant que ministres et consultants se renvoient la balle, nous restons là, fidèles au poste, à sortir nos cartes de débit collectives.
La vraie magie de SAAQclic? Transformer chaque dollar public en facture surprise privée.
Et la vraie question? Combien de temps encore allons-nous tolérer ce manège?
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