mercredi 20 août 2025

SAAQclic : quand la route numérique mène droit au fossé

 




Il était une fois au Québec, une grande promesse : moderniser la Société de l’assurance automobile grâce à une plateforme numérique dernier cri. Le citoyen rêvait déjà de renouveler son permis entre deux cafés, de payer ses frais en trois clics et d’éviter la file d’attente qui s’allonge jusque dans le stationnement. Bref, l’utopie numérique.

Mais comme souvent chez nous, le conte s’est transformé en farce bureaucratique.

La prophétie ignorée

En 2017, une directrice de la SAAQ, Pascale St-Hilaire, avait pourtant sonné l’alarme. Dans une lettre qui ressemble aujourd’hui à une boule de cristal, elle décrivait des conflits d’intérêts apparents, des pressions illégales pour ouvrir les soumissions avant l’heure, et un climat de travail où l’on reprochait aux employés d’être… trop intelligents.

Bref, un scénario qui sentait déjà le dérapage, mais qu’on a choisi de classer sous « divers ».

Le pilote de la Formule 1 numérique

À l’époque, aux commandes : Karl Malenfant, vice-président aux technologies de l’information. Un homme qui, selon plusieurs témoins, n’hésitait pas à ridiculiser la fonction publique, à traiter ses collègues de lents et à s’autoproclamer futur président de la SAAQ.
On aurait dit un personnage tout droit sorti d’une téléréalité : « Le patron, c’est moi, et si vous êtes trop brillants, dehors ! ».

À ce stade, la plateforme aurait dû être rebaptisée SAAQfric, parce qu’entre les consultants d’Hydro-Québec, la firme R3D et les « gardes rapprochées », on sentait déjà que l’essence coûtait cher.

Silence radio à l’intersection

Le plus ironique dans l’affaire ? Tout le monde était prévenu. La lettre a atterri sur le bureau du Conseil du Trésor, du ministre des Transports, de la PDG de la SAAQ. Mais entre confidences mal gardées, suivis « à faire », et confiance aveugle dans le capitaine de bord, la machine a continué sa course.

Un peu comme si un voyant rouge clignotait sur le tableau de bord, mais qu’on décidait de coller un post-it dessus pour continuer la route sans être dérangé.

La morale de l’histoire

Aujourd’hui, la Commission Gallant expose ce fiasco au grand jour. Et le citoyen, lui, continue de se demander pourquoi renouveler un simple permis de conduire au Québec relève parfois de l’épreuve olympique.

La morale ?
On voulait simplifier la vie des Québécois, on a surtout compliqué la leur.
On voulait rouler à l’ère numérique, on s’est retrouvés dans le fossé administratif.

La SAAQ promet que la route sera plus fluide à l’avenir. Mais après avoir vu ce virage raté, disons qu’on garde une main serrée sur le frein à main.

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