Le bois du bateau craque sous nos corps entassés. Mes jambes sont coincées depuis des heures, je ne sens presque plus mes pieds. La mer s’étend partout, d’un bleu profond, magnifique et cruel à la fois. Le soleil brûle ma nuque, mais je n’ose pas lever les yeux, de peur d’apercevoir l’horizon qui ne se rapproche jamais.
Autour de moi, des enfants pleurent, leur voix se mêle au grondement du moteur. Une femme prie en silence, ses lèvres bougent sans cesse, comme si chaque mot pouvait tenir le bateau à flot. Moi, je garde les yeux fixés sur l’eau, guettant une forme, un signe, n’importe quoi.
J’ai quitté ma maison en pleine nuit, emportant seulement une photo pliée dans ma poche. Derrière moi, la guerre, la peur, les cris. Devant moi, je ne sais pas… Mais je sais que rester aurait été mourir. Alors je suis là, avec eux, suspendu à une promesse invisible.
Et soudain, au loin, une silhouette. Un navire. Mon cœur s’emballe. Je ne sais pas encore si c’est le salut ou un nouveau piège, mais à cet instant, je choisis d’y croire. Parce que quand la vie tient dans un fil aussi mince, croire, c’est tout ce qu’il reste.

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